La première émission de 2026 autour du bruit, des sons qui dérangent, qui grattent, qui démangent, qui s’arrangent. Au programme le travail, la musique, le lien, l’anarchisme. Voici les morceaux passés dans l’ordre de diffusion !
- Jean-Claude Eloy – Fushiki-E (extrait)
- Karlheinz Stockhausen – Hymnen II (extrait)
- Klara Lewis – Top
- Primitives – TVO / SPL Interpretation
- Macon – Sufflet
- Michel Chion – Epître
- Agnes – VII (012016002001-A) (extrait)
- Yanick Dauby – Face A (Penghu Experimental Sound Studio Vol.1) (extrait)
- Bernard Parmegiani – L’oeil écoute
- Nurse with wound – Fade Crack Down
- Nurse with wound – Crack up
- Cedric Stevens – Between the Battle and the Sheet (Fennesz remix)
- Aleksi Perala –
Petit mix de François dans le thème du bruit.
- Elena Polansky, Guy Durand & Roger Cotte – Lamento Di Tristano
- Fausto Mercier – Firmest Fine
- Mazen Kerbaj – « Bam-Bam » is Taking A beating
- Mazen Kerbaj – Noise Bni’ak
- François Leclère – TDF-1
- flecflec – Now It’s 9 percent
- Richy Valverde & Jesus Garcia – Mystic
- Caleb Temple – Inter Select
- Carrier – Wood Over Plastic
- DBR – Working Memory Index
- Theodora feat. Jul – Zou Bisou
- Fausto Mercier – Firmest Fine (Forces remix)
- Djrum – Out Of Dust
- Ash Fure – 3
- nthng – Don’t Be Scared
Morceau de fin et lecture des Dépossédés (Ursula K. Le Guin)
- Jordi Savall, Arianna Savall (…) – La Salve
Extraits lu des dépossédés:
« Tu écris de la musique! La musique est un art coopératif, organique par définition, social. C’est peut-être la plus noble forme de comportement social dont nous soyons capables. C’est certainement l’un des plus nobles travaux qu’un individu puisse entreprendre. Et par sa nature, par la nature de l’art, c’est un partage. Les artistes partagent, c’est l’essence de leur acte. Peu importe ce que disent tes syndics, comment la Ditrav peut-elle justifier de ne pas te donner de poste dans ton propre domaine? »
« Le rationnement était strict; les postes étaient attribués impérativement. Les efforts pour faire pousser assez de nourriture et pour la distribuer devinrent frénétiques, désespérés. Et pourtant les gens n’étaient pas désespérés du tout. Odo avait écrit: «Un enfant délivré de la culpabilité liée à la propriété, et libéré du fardeau de la compétition économique, grandira avec la volonté d’accomplir ce qui doit l’être et avec l’aptitude à y pulser de la joie. C’est le travail inutile qui attriste le cœur. La joie de la mère qui élève son enfant, de l’étudiant, du chasseur qui réussit, du bon cuisinier, du créateur talentueux, de tous ceux qui font un travail nécessaire et qui le font bien – cette joie durable est peut-être la plus profonde source d’affection humaine et de sociabilité.» En ce sens, il y avait une puissante vague de joie à Abbenay, cet été-là. Aussi dur qu’il fût, le travail était accompli avec gaieté, avec un empressement à oublier toute inquiétude parce que ce qui pouvait être fait devait être fait. La vieille rengaine de la « solidarité» revivait. C’est avec joie que l’on découvre, après tout, que le lien est plus solide que tout ce qui tente de le briser.
» – J’ai un travail à faire, dit-il.
– Est-ce que cela t’aide de rester célibataire?
– Il y a un lien. Mais je ne sais pas lequel, il n’est pas causal. A peu près au moment où le sexe a commencé à ne plus m’intéresser, le travail a fait de même. Et cela n’a pas cessé d’augmenter. Trois ans sans avoir rien accompli. La stérilité. La stérilité de tous côtés. Aussi loin que l’œil peut voir, le désert infertile s’étend sous l’éclat impitoyable d’un soleil sans merci, un terrain inculte, sans vie, sans routes, sans sexe, jonché des ossements des voyageurs malchanceux…
Takver ne rit pas; elle poussa un petit gémissement amusé, comme si cela lui faisait mal. Il essaya de distinguer clairement son visage. Derrière sa tête sombre, le ciel était clair et lumineux.
— Qu’est-ce qui te gêne dans le plaisir, Takver? Pourquoi n’en veux-tu pas?
— Il n’y a rien qui me gêne. Et je désire le plaisir. Seulement je n’en ai pas besoin. Et si je prenais ce dont je n’ai pas besoin, je n’obtiendrais jamais ce dont j’ai besoin.
— Et de quoi as-tu besoin?
Elle baissa les yeux vers le sol, grattant de l’ongle la surface d’un rocher. Elle ne dit rien. Elle se baissa pour cueillir un brin d’épine de lune, mais ne le prit pas, le toucha à peine, sentit simplement la tige douce et la feuille fragile. Shevek vit dans la tension de ses mouvements qu’elle essayait de contenir ou de réprimer de toutes ses forces une tempête d’émotions pour pouvoir parler. Et quand elle parla, ce fut d’une voix basse et un peu rauque.
– J’ai besoin du lien, dit-elle. Du vrai lien. Le corps et l’esprit, et pendant toutes les années de ma vie. Rien d’autre. Rien de moins.
Elle lui lança un coup d’œil méfiant cela aurait pu être de la haine.
La joie s’éleva mystérieusement en lui, comme le bruit et l’odeur du torrent qui s’élevait dans les ténèbres. Il eut un sentiment d’illimité, de clarté, de clarté totale, comme si on venait de le libérer. Derrière la tête de Takver, la Lune qui se levait éclaircissait le ciel; les pics lointains étaient nets et argentés.
— Oui, c’est ça, dit-il, sans en être conscient, sans avoir l’impression de parler à quelqu’un d’autre; il disait ce qui lui venait à l’esprit, ‘air pensif. Je ne la
jamais trouvé.
Il y avait encore un peu d’irritation dans la voix de Takver.
– Tu n’as jamais pu le trouver.
– Pourquoi pas?
– Parce que tu n’en as jamais vu la possibilité, je suppose.
– Que veux-tu dire par « la possibilité»?
– La personne !
Il réfléchit à cela. Ils étaient assis à un mètre l’un de l’autre, serrant les genoux parce qu’il commençait à faire froid. L’air leur coulait dans la gorge comme de l’eau glacée. Chacun pouvait voir le souffle de l’autre, nuage de vapeur dans l’éclat de la lune qui augmentait régulièrement.
— La nuit où je l’ai vue, dit Takver, c’était la nuit précédant ton départ de l’Institut Régional du Nord. Il y avait une fête, tu te souviens. Certains d’entre nous se sont assis pour parler toute la nuit. Mais c’était il y a quatre ans. Et tu ne connaissais même pas mon nom.
Il n’y avait pas de rancune dans sa voix; on aurait dit qu’elle voulait excuser Shevek.
– Et à ce moment, tu as vu en moi ce que j’ai vu en toi durant ces quatre derniers jours?
– Je ne sais pas. Je ne peux pas dire. Ce n’était seulement sexuel. Je t’avais déjà remarqué avant. Mais cette fois-là, c’était différent; je t’ai vu. Mais j’ignore ce que tu vois maintenant. Et je ne savais pas réellement ce que je voyais à ce moment. Je ne te connaissais pas bien du tout. Seulement, quand tu as parlé, il m’a semblé voir clair en toi, au centre. Mais tu devais être très différent de ce que je pensais. Ce n’était pas ta faute, après tout, ajouta-t-elle. Mais je savais que ce que je voyais en toi, c’était ce dont j’avais besoin. Pas seulement ce que je
désirais !
– Et tu es à Abbenay depuis deux ans, et tu n’as pas…
Pas quoi? Tout était en moi, dans ma tête, tu ne connaissais même pas mon nom. Une seule personne ne peut pas établir un lien, après tout !
– Et tu avais peur de venir vers moi parce que j’aurais pu ne pas vouloir de ce lien.
– Je n’avais pas peur. Je savais que tu étais une personne qui… qu’on ne pouvait pas forcer… Enfin, oui. j’avais peur. J’avais peur de toi. Pas de faire une erreur.
Je savais que ce n’était pas une erreur. Mais tu étais… toi-même. Tu n’es pas comme la plupart des gens, tu sais. J’avais peur de toi parce que tu étais mon égal! – Le ton de sa voix était devenu farouche en finissant cette phrase, mais elle ajouta très vite avec douceur: cela n’a pas beaucoup d’importance, tu sais, Shevek.
C’était la première fois qu’il l’entendait prononcer son nom. Il se tourna vers elle et dit en bafouillant, presque en sanglotant:
— Pas d’importance? D’abord tu me montres… tu me montres ce qui est important, ce qui est réellement important, ce dont j’ai eu besoin toute ma vie…. et ensuite tu dis que ça n’a pas d’importance!
Ils étaient face à face maintenant, mais ne s’étaient pas touchés.
— Alors, c’est aussi ce dont tu as besoin?
– Oui. Le lien. La chance.
– Maintenant… pour la vie?
– Maintenant et pour la vie.
La vie, répéta le torrent d’eau claire qui courait pami les rochers, dans les ténèbres froides. »
L’image du podcast vient d’un prompte commandé à une IA bien connue (désolé on en profite tant que c’est encore potable)
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