Le portrait de Noune
La Voyageuse et la Pierre
Sur une minuscule planète, vaste comme un seul pas de voyage, vivait une femme dont la vie était tout entière écoute du silence. Elle habitait parmi les roches nues, dans une solitude devenue attention pure. Un jour, le silence lui-même l’invita à chercher le souffle qui rend chaque chose réelle par le seul fait d’être nommée.Elle traversa les astres. Sur l’un, elle vit des êtres tisser des liens entre les chiffres. Sur l’autre, elle vit la lumière répondre à l’appel du jour. Partout, elle reconnut que le socle de toute vie est le mouvement.Lorsqu’elle arriva sur cette terre vibrante et vivante, elle s’assit au bord d’un chemin et prit une pierre brute. De ses mains, elle commença à graver des signes. Non pour figer ce qu’elle voyait, mais pour accueillir la danse du vent, le frémissement de l’aile, la couleur changeante du crépuscule.Un passant s’arrêta. La voyageuse leva les yeux et sourit :
— Je cherche la trace. Si je grave ce passage, le monde se souviendra qu’il a été beau ce matin.Avant de reprendre sa route, elle laissa la pierre au passant et murmura :
— Ce n’est pas un message. C’est une invitation.Car, bien avant de tracer dans la roche, la poésie avait compris que les consonnes et les syllabes forment le couple qui transforme la pesanteur en élan. Les consonnes apportent la résistance, l’os, la jointure. Les syllabes apportent le souffle qui anime la structure. Ensemble, elles ont pour mission de faire exister le mouvement pur.Le verbe articule le chaos en danse. Il grave le rythme pour que l’élan ne cesse de naître. C’est cela que la voyageuse traçait sur la pierre : le verbe en acte, le plaisir d’existence qui ouvre l’espace. Et dans le ciel, elle grava ton nom.Depuis ce jour, il arrive que des gens s’arrêtent au bord du chemin. Ils ne cherchent rien, ils se contentent de respirer avec le monde. Avec une patience infinie, ils tracent dans le roc, sur le sable ou dans le ciel des signes qui sont, eux-mêmes, le passage du vent.Chaque trait devient une aube. À chaque geste, le monde se réinvente, aussi libre, aussi neuf, aussi infini que le mouvement qui le porte. La poésie n’est plus un but : elle est le souffle qui, dans l’immobilité de la pierre, fait danser la vie.