Nous repartons dans notre enquête vers les utopies intimes ce mardi 6 janvier, avec cet artiste à l’accent du sud.
Meilleurs vœux à tous et bonne écoute
Avec :
Alain DeBorniol : auteur des cartes et du jeu
Bastien Mathis : à la technique
Dick De Déry ou Olivier : notre invité
et moi même : animatrice et inspiratrice de ce jeu !
Cartes :





Musiques :
The divine comedy
Death of supernaturalist
Eartha kitt
Mountain high, valley low
Paolo Conte
Sparring Partner
Bisou
Florie.
Et ci-après le portrait de l’émission offert par Alain :
l’éthique du regard.
Au-delà d’une simple discussion sur l’art, le dialogue avec Olivier dessine les contours d’une utopie humaniste où l’image devient le théâtre d’une réconciliation universelle.
Tout commence par une forme d’archéologie du « brut ». Olivier semble habité par un désir pour le geste premier, ce qu’il nomme le « jeté » ou le « craché ».
En reliant une carte psychologique contemporaine aux gravures rupestres de la Vallée des Merveilles, il opère un retour aux racines de l’expression humaine. Cette quête du signe intangible rejoint le socle du continuum. Ici, l’amour universel n’est plus une construction intellectuelle, mais une pulsation vitale, une trace laissée sans filtre par l’humain.
Cette quête de la racine débouche naturellement sur un refus de la hiérarchie, instaurant une véritable utopie horizontale. Pour Olivier, « l’enfance de l’art n’est pas l’art de l’enfance » ; il n’existe pas d’échelle de valeurs entre le dessin préhistorique et la création moderne. Cette posture est la réalisation pratique du Cercle de Matisse : une danse où chaque forme, qu’elle soit une figure « drag queen », un masque ou une silhouette dissoute, est accueillie avec la même tendresse. L’amour universel se manifeste ici par l’abolition du jugement critique au profit d’une égalité ontologique des formes.
Cependant, cette acceptation de l’autre dans sa totalité implique nécessairement une confrontation avec la dissolution et la perte.
En observant un visage qui se « dilue » — comme sous l’effet de l’acétone sur une peinture ancienne — Olivier ne recule pas. Il embrasse cette part d’ombre et d’effacement qui rappelle les œuvres de Bacon ou de Goya. Il reconnaît l’impossibilité de « cerner l’idée » ou de figurer un tout cohérent. L’amour ne réside plus dans la possession ou la saisie totale de l’autre, mais dans l’humilité face à ce qui nous échappe. C’est, par essence, l’amour de la trace plutôt que de la présence.
Pour que cette utopie tienne, elle doit reposer sur un seul dogme : la sincérité absolue. À l’instar de la quête de lumière-vérité chez James Turrell, Olivier rejette la « triche » et la malhonnêteté. Peu importe que le geste soit maladroit ou « moche », tant qu’il est vrai. La transparence devient alors la condition sine qua non de la rencontre : on aime l’autre pour sa vérité intrinsèque, dépouillée de tout artifice.
Cette réflexion trouve sa révélation finale dans le concept d’Agapè.
. En accueillant la différence comme une valeur propre, Olivier performe l’utopie humaniste que l’art tente de figurer depuis des millénaires. L’émission de radio cesse alors d’être un simple commentaire sur l’esthétique pour devenir une preuve vivante que l’Agapè — cet amour désintéressé et accueillant — est possible ici et maintenant, simplement par la manière dont nous choisissons de regarder le monde et ceux qui l’habitent.