Dans cette émission consacrée à l’Algérie, on abordera l’histoire de la colonisation par la France et celle de la révolution algérienne. En introduction, on voulait parler de l’actualité pour le moins tendue entre ces deux pays. Et dire un mot de l’origine de ces tensions : on peut citer le soutien de la France à l’expansionnisme marocain qui refuse l’indépendance du Sahara Occidental, dont nous avions parlé dans notre émission du mois de décembre, qui a fort déplu à l’État algérien qui soutient la lutte sahraoui ; l’ingérence dans les affaires algérienne avec le soutien apporté à l’écrivain récemment naturalisé français, Boualem Sansal, soutenu par l’extrême droite, dont les propos ne se limitent pas à la critique du régime algérien mais remettent en cause l’histoire et la géographie de son pays natal. L’état français de son côté ne supporte pas l’opposition algérienne à la politique anti-immigration de la France. (le fait de refuser le retour des ressortissant·e·s algérien·ne·s qui ont reçu des OQTF par exemple).
Ces sujets ont fait grandir la crise actuelle mais son intensité s’explique aussi par l’influence israélienne sur les centres de décision français. La position de l’Algérie, qui continue de s’opposer à la normalisation des rapports avec Israël, leur est insupportable. En Algérie, la politique de réconciliation menée par Emmanuel Macron est souvent qualifiée de « trop peu, trop tard », En effet, si Macron encore candidat à son élection avait prononcé ces mots «C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes.» Il a malheureusement, déclaré peu après qu’il «faut nommer ce qui a été fait de mal et reconnaître ce qui a été fait de bien.», il parle de «réconcilier des mémoires». Ce qui cache très mal que sa politique mémorielle est faite de calculs variables selon les besoins de la diplomatie du moment. Un petit pas tous les deux ou trois ans, mais pas une reconnaissance solennelle des crimes coloniaux, pas d’excuses formelles, pas d’accès complet aux archives et pas de réparations.
D’ailleurs en France on assiste à des levers de boucliers régulièrement :
– A Bobigny l’été dernier on a pu voir apparaître des tag racistes « anti algériens » puis carrément début d’incendie volontaire sur un bâtiment publique qui avait été baptisé «Danielle Djamilla Amranne Minne», du nom d’une résistante française du FLN.
– Une partie de la droite et de l’extrême droite continue d’être nostalgique de l’OAS, une organisation qui s’est battue pour le maintien de l’Algérie française dans les années 60, c’est le cas à côté de Grenoble au Touvet où début juin il y a eu un rassemblement pour leur rendre hommage.
Et on le constate aussi lorsqu’on évoque le passé colonial et les crimes commis par la France. Par exemple l’année dernière, à la radio le journaliste Jean-Michel Aphatie a comparé l’histoire coloniale française au nazisme, en disant que la France a commis des centaines de massacres du type de celui d’Oradour-sur-glane en Algérie. Et ça a déclenché une avalanche de propos haineux contre lui qui ne venaient pas que de l’extrême droite et ça montre que beaucoup de français·es ne connaissent pas l’histoire coloniale.
Les députés algériens de leur côté avaient voté à l’unanimité une loi criminalisant la colonisation française de 1830 à 1962 et exigent de la France des excuses officielles et des réparations y compris pour les essais nucléaires français dans le Sahara algérien dont nous avions parlé dans notre émission du mois de mars. Mais un bout de cette loi a été retiré par la suite.
Pour comprendre les relations entre la France et l’Algérie aujourd’hui, on va remonter deux siècles en arrière et nous laissons la parole à deux invité·e·s : Bous, une militante décoloniale algérienne et Ghani un amateur du blanc radiophonique.
Bonne écoute !
Des sources :
https://survie.org/decolonisons/2026/355-fevrier-2026/article/l-algerie-criminalise-la-colonisation