Bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur Campus Grenoble. J'ai le plaisir de recevoir Alain sur le plateau. Alain, pouvez-vous vous présenter s'il vous plaît ? Eh bien bonjour, merci pour votre invitation. Je suis vice-président d'une association qui s'appelle Umacop Amel France. Amel France parce que nous sommes une antenne d'une grande ONG qui s'appelle Amel Liban, qui fait partie d'un grand groupe Amel International qui est présent dans plusieurs pays. Moi je suis ici à votre invitation parce que j'ai enseigné la géopolitique pendant une quinzaine d'années ici à l'université de Grenoble et j'ai publié récemment deux livres, un sur la guerre en Ukraine et l'autre sur ce qui se passe actuellement à Gaza. Pouvez-vous nous parler un peu de ces livres, par exemple quand vous dites que vous parlez de Gaza et de l'Ukraine ? Oui bien sûr, comme tout le monde le sait, il s'agit de deux conflits. De deux conflits différents, très violents l'un comme l'autre. Différents dans le sens où en Ukraine on a une guerre entre deux États, donc entre deux armées, l'armée russe qui a agressé le territoire ukrainien et l'armée ukrainienne qui défend ce territoire. Alors qu'à Gaza on a quelque chose de très très différent, puisqu'on a une armée, l'armée israélienne, qui attaque un territoire, sur lequel il n'y a pas vraiment d'armée, il y a des combattants. Et ça, ça renvoie à ce qu'on appelle des conflits, c'est un grand terme, asymétriques. Parce que ce n'est pas une armée contre une autre armée, c'est une armée très très bien équipée, très très puissante, contre des gens qui sont souvent des civils, dont certains sont armés, mais qui ne constituent pas une armée au sens militaire traditionnel. Donc quand vous dites que vous intervenez à Liban, vous y intervenez dans quel domaine précisément ? Cet État, à ses ports, a beaucoup de mal à faire vivre ce qu'on appelle en France des services publics, par exemple la santé, l'éducation, et donc nous, nous soignons des gens. Nous soignons à peu près 220 000 personnes, la moitié à peu près sont des Libanais, et l'autre moitié, ce sont beaucoup de Syriens qui ont fui la guerre en Syrie et qui sont allés se réfugier au Liban, et qui vivent aujourd'hui dans des camps, souvent dans des conditions difficiles, et donc nous, on a ce travail humanitaire, où on agit au service des gens qui ont des besoins de santé, des besoins de formation, des besoins de logement, et on essaie de les aider. Où est-ce que vous avez les fonds pour pouvoir au moins avoir tous ces financements ? Quelle grande organisation vous finance réellement ? Alors, nous sommes une organisation qui a toujours, ou à peu près, refusé les financements américains, parce qu'on était en désaccord avec la politique américaine au Moyen-Orient. Nous, nous sommes une organisation qui lutte pour le respect des droits des Palestiniens, et donc on a cherché des financements outre-part. Mais ta question est très très importante, parce que, évidemment, l'action humanitaire, elle nécessite de trouver de l'argent. Au Liban, cet argent vient beaucoup de l'Union européenne, au Liban, il y a des enfants, des rues, et donc on a des programmes, on appelle ça des maraudes, des gens de mon association vont dans la rue, essayer de rencontrer ces enfants pour leur parler, et petit à petit, leur proposer de venir dans nos centres de santé, dans nos centres de formation, et petit à petit, pour les ramener vers l'école, par exemple. Et ça, c'est une action que nous faisons, et qui est financée essentiellement par l'Union européenne. Du coup, ce qui nous intéresse vraiment, c'est sur la question des enfants dans les zones de guerre, en fait. Par exemple, à Gaza, que ce soit au Congo, au Soudan, en Ukraine. Pour vous donner quelques exemples de ce que nous faisons, en Ukraine, nous avons un programme de soutien, on va dire médico-social, aux enfants ukrainiens. Ces enfants, à cause de la guerre, ont été plongés dans la violence. En fait, ils ont été privés d'enfance. Une des particularités ou une des activités, quand on est enfant, c'est de jouer, et eux se sont retrouvés dans une situation où il n'est pas possible de jouer, parce que c'est la guerre, parce que c'est l'insécurité, parce qu'ils sont réfugiés, ils ont dû quitter leur habitation. Souvent, ils sont avec la maman, parce que le père est en train de se battre sur le front. Et donc, notre action a consisté à leur proposer, et c'est compliqué, à leur proposer des lieux où ils sont en sécurité. Et dans ces lieux où ils sont en sécurité, on les accueille pour leur proposer des jeux, pour qu'ils puissent jouer, tout simplement. C'est tout. Mais le fait de pouvoir jouer, ça leur permet de se vivre comme des enfants. Mais c'est déconnecté, en fait, de ce monde de guerre. Absolument. On ne peut pas les déconnecter 24 heures sur 24. Mais il y a un moment où on leur dit, eh bien, ici, vous craignez rien. Vous pouvez vivre comme des enfants. C'est très, très limité, ce qu'on fait. On est incapable d'arrêter la guerre. Ce n'est pas notre rôle. Au Liban, c'est différent. L'armée israélienne est entrée dans le territoire libanais, dans le sud du Liban, a bombardé, a bombardé, y compris dans les villes. Moi, j'ai visité, j'y étais au mois d'octobre, j'ai visité des villages où il n'y a que des ruines, ou presque que des ruines. Et donc, les familles qui habitaient là ont quitté le sud du Liban et sont allées se réfugier dans le nord du Liban. On essaye tout d'abord de leur permettre de manger et surtout de trouver des endroits de logement, par exemple des hébergements, où ils sont en sécurité, c'est-à-dire où ils ne dorment pas dans la rue. Et avec ces enfants, petit à petit, on essaye aussi de les scolariser. Mais ils sont tellement loin de l'école qu'on ne peut pas leur dire, allez, demain, tu vas à l'école. Donc, on a créé des centres où ils ont des activités. Ils ont un petit peu de cours de langue, de cours de français, des cours d'arabe, des cours d'anglais. Ce ne sont pas des vraies écoles. C'est un intermédiaire, en fait. C'est pour les habituer à revenir tous les jours, à être dans une situation où ils apprennent des choses, ils partagent des choses avec d'autres jeunes, pour que, petit à petit, ils soient capables de revenir dans un cycle, un cycle d'école normal. Vous les accompagnez au quotidien pour ne pas qu'ils restent dans cette guerre, qu'ils soient traumatisés. Vous les ramenez à la réalité qu'ils sont là. Vous les soutenez quotidiennement. Les ramener à une autre réalité, à sortir de cette réalité guerrière et des conséquences de l'exil. Parce qu'ils ont quitté leur village, ils ont quitté leurs amis. Quelque part, ils ont quitté leur famille. Ils essayent de les réintégrer dans une autre vie. D'accord, mais quand je vous entends dire que vous avez tous refusé l'aide aux Américains d'aller dans votre organisation, vous ne pensez-t-il pas que, que ce soit l'Union Européenne, que ce soit les États-Unis ou la Chine ou autre, sont-ils pas complices dans ces guerres, en fait, que ce soit directement ou indirectement ? Ça, c'est une question extrêmement compliquée qui se pose à l'ensemble des ONG, des ONG du monde humanitaire. On a besoin d'argent. Certaines ONG, je vais prendre le cas d'Amnesty International, refusent tout financement d'autres États. Ils sont financièrement indépendants parce qu'à leurs yeux, c'est ce qui leur permet d'être aussi politiquement indépendants. Mais il n'y en a pas beaucoup. Des ONG comme ça, il n'y en a pas beaucoup. Parce que c'est très difficile de fonctionner sans financement. Donc la question qui se pose à chacun, à chacune d'entre nous, c'est quel est l'argent qu'on accepte ? Parce qu'il y a les États, mais vous savez, il y a aussi maintenant des grandes entreprises multinationales qui donnent aussi de l'argent. Et est-ce qu'il faut accepter cet argent-là ? Parce que, que ce soit au Mali, que ce soit en Guinée, que ce soit en République démocratique du Congo, certaines de ces grandes entreprises ont des intérêts, des intérêts économiques, et elles financent un certain nombre d'actions ou de groupes paramilitaires. Enfin, il y a un tas de choses qui vont à l'encontre de nos principes. Nos principes, c'est d'abord la dignité humaine, c'est le respect des droits de l'homme, c'est la solidarité internationale. Aujourd'hui, la situation est catastrophique dans le monde. Vous le savez sans doute, les Américains ont arrêté de donner toute aide financière. Ça fait 40 milliards, ça fait 40 milliards de dollars de moins chaque année, mais la France a diminué son budget de moitié pour l'aide au développement, l'Allemagne a fait la même chose, la Grande-Bretagne a fait la même chose, et donc il reste quelques grands financeurs internationaux parmi lesquels l'Union européenne. Mais on a d'autres sources de financement, par exemple à Grenoble, on organise des concerts caritatifs, c'est-à-dire des concerts où on essaye de récolter de l'argent justement pour les enfants ukrainiens dont je parlais tout à l'heure. Est-ce que l'Union européenne est capable d'arrêter les guerres entre Liban ou pas ? C'est une sacrée question. Le problème de l'Union européenne, c'est que les États membres ne sont pas tous d'accord entre eux. Et pour que l'Union européenne puisse prendre une décision, je vous donne juste un exemple. Plusieurs États membres de l'Union européenne vendent des armes à Israël, armes qui sont utilisées pour le génocide à Gaza que l'on connaît. L'Union européenne a un accord commercial privilégié avec Israël. Et il y a un article dans cet accord qui dit que les partis, c'est-à-dire l'Union européenne et Israël, s'engagent à respecter les droits de l'homme. Aujourd'hui, tout le monde sait que ce n'est pas le cas. Et donc, un certain nombre d'États ont demandé d'arrêter les relations économiques privilégiées. Mais il y a des États européens qui sont majoritaires, qui veulent maintenir ces relations économiques. Et donc, l'Union européenne est impuissante. Elle est paralysée. Et c'est la même chose pour l'Ukraine. C'est-à-dire que dans la plupart des conflits, y compris en Afrique, les États européens ne sont pas d'accord entre eux. Parce qu'ils ont des intérêts différents. Il y a des conflits entre l'Union européenne et les Américains à propos de l'Ukraine. Il y a historiquement, il y a eu, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu un partage de l'Europe avec ce qu'on appelait l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est. De chaque côté, il y a eu une organisation militaire. Du côté Ouest, c'était, et ça existe toujours, c'était l'OTAN. Et il y avait une organisation militaire du côté de l'Est, mais qui a disparu. L'URSS est devenue la Russie. Et aujourd'hui, on a une politique russe avec Poutine qui cherche à reconquérir un peu de zones d'influence, mais les Européens font la même chose. Quand l'URSS disparaît, je ne sais pas si ça vous parle, les républiques baltes, d'accord, bon, on rejoint l'OTAN. C'est-à-dire qu'il y avait une alliance, elles étaient dans l'alliance de l'Est, elles sont passées dans l'alliance de l'Ouest. Et donc, elles sont passées sous l'influence. Et dans l'Ouest, vous avez qui ? Vous avez l'Europe, mais vous avez aussi, bien sûr, à la tête de cette alliance, les États-Unis. Et donc, vous avez un conflit d'influence. Un conflit d'influence qui aujourd'hui est devenu plus compliqué, parce que la politique américaine a évolué petit à petit. Et ce n'est pas depuis Trump, ça existe au moins depuis Obama. Aux yeux des États-Unis, le problème, ce n'est plus la lutte d'influence entre l'Occident et la Russie, mais aujourd'hui, c'est entre les États-Unis et la Chine. Le centre du conflit mondial, c'est le conflit futur entre les États-Unis et la Chine. Et donc, les Américains disent aux Européens, débrouillez-vous. Nous, nos intérêts, désormais, ils sont en Asie. Là-dedans, les Américains portent les Européens à dépenser beaucoup plus d'argent. Ils veulent qu'on dépense 5% de la richesse nationale à la préparation de la guerre, c'est-à-dire à acheter des armes. Et donc, il y a un conflit aujourd'hui entre les États-Unis et l'Europe. Et ce conflit entre les États-Unis et l'Europe, il a différentes dimensions. Il a la dimension militaire, mais il a une dimension économique. Parce que quand nous, on nous dit les Européens doivent dépenser 5% à qui va-t-on acheter des armes ? Aux Américains. Donc les Américains nous obligent à dépenser plus d'argent auprès d'eux. Dans l'accord forcé qui a été passé, ils nous ont obligés à acheter beaucoup de gaz américain et nous interdisent d'acheter du gaz russe. Donc les Américains, économiquement, ils sont gagnants aussi. Et dans l'accord toujours, ils nous ont imposé d'investir des dizaines de milliards, plus d'argent qu'auprès des États-Unis. Et donc vous voyez qu'on a une espèce de conflit, je ne vais pas dire de guerre, mais de conflit entre l'Europe et les États-Unis avec la difficulté dont je vous ai parlé tout à l'heure qui est que les Européens ne sont pas d'accord entre eux. Et donc on est faible par rapport aux États-Unis. Et maintenant, deux mots juste sur Trump, parce qu'il y a quelque chose de nouveau. J'ai dit que ça avait commencé avec Obama, donc il y a longtemps maintenant. Mais avec Trump, la nouveauté, c'est sa brutalité. Il tape du poing sur la table. Il ne fait pas de diplomatie, Trump. Il tape du poing sur la table. Il dit non, vous allez faire ça. Vous allez faire ce que je vous dis de faire. Et sinon, il menace. À propos du financement pour l'Ukraine, précisément en France, ils financent des armes, ils créent un truc comme ça. Est-ce que les populations sont d'accord pour vous pour le financement de l'Ukraine ? Oui, parce qu'il y a une solidarité qui est apparue en faveur des Ukrainiens, parce que les Russes ont attaqué les Ukrainiens. Donc il y a une solidarité en faveur de ceux qui se font attaquer, qui ont besoin de se défendre. Cette solidarité, elle existe en termes d'aide. Je ne pense pas qu'il y aurait une solidarité en termes de on va envoyer des armes pour que les soldats se battent contre la Russie. Je suis persuadé que les Français ne veulent pas de ça. C'est peut-être un peu caricatural ce que je vais vous dire, mais comme souvent, les dirigeants veulent faire la guerre et les peuples ne veulent pas faire la guerre. Parce que ceux qui vont mourir dans la guerre, ce ne sont pas les dirigeants, c'est les gens. Ma question va se baser sur la fabrication des armes. Par exemple, si les usines qui créent des armes et qu'il y a une diminution des armes dans les pays, si c'est dans les États-Unis, l'Amérique, l'Europe ou l'Asie, est-ce que les chances de conflits de guerre vont diminuer ou vont rester comme s'il y avait toujours des armes ? Je ne pense pas qu'il y ait des conflits parce qu'il y a des armes. En revanche, plus il y a d'armes, plus il y a des risques que ces conflits soient violents. Après la circulation d'armes, si on prend un exemple concret, tout à l'heure, je vous disais que la France n'avait pas toujours respecté elle-même le droit international. Je ne sais pas si vous me donnez des exemples, c'est ce qui s'est passé en Libye et ça concerne quelqu'un parce que ça touche ce qui s'est passé après au Mali. En fait, quand la France intervient en Libye, elle va faire tomber le dictateur Kadhafi et ça, ça va entraîner un trafic d'armes qui vont partir de la Libye et qui vont notamment aller au Mali. Et donc, on peut penser que si ce trafic d'armes n'avait pas existé, le conflit au Mali n'aurait pas été aussi violent. Il y avait déjà un conflit. Simplement, il y a beaucoup d'armes qui ont été disponibles à des prix ridicules. On peut acheter une Kalachnikov pour quelques dizaines d'euros. Ça ne coûte rien. N'importe qui peut quasiment aujourd'hui se procurer une arme de guerre. Donc, je pense que c'est dans ce sens-là qu'il faut voir les choses. Plus il y a d'armes, plus les conflits deviennent violents. Le fait d'arrêter la production d'armes ne va pas empêcher les conflits. Le droit international, est-ce que ça existe encore ? Oui, oui, ça c'est une bonne question. Merci. Non, c'est une bonne question parce que j'entends beaucoup de gens dire que c'est la fin du droit international. Mais ce n'est pas vrai. Heureusement. Le problème du droit international, c'est que, contrairement aux droits qu'on a dans un pays, il n'y a personne pour l'appliquer, pour obliger de l'appliquer. Dans le droit international, il y a des règles que les États doivent respecter. Et d'ailleurs, ces États ont signé, c'est ça dont je vous parlais tout à l'heure, et un traité c'est quoi ? Ça veut dire qu'un État dit je m'engage à respecter telle règle, telle règle, le droit international. Le problème, c'est qu'il n'y a pas une force indépendante qui soit là pour obliger les États à respecter le droit, une force indépendante qui soit là pour intervenir, pour punir un État qu'il ne respecterait pas. Et selon les moments dans l'histoire, il y a des moments où tous les États respectent, presque tous les États, et notamment les grands États, les plus puissants, respectent le droit international, et il y a des moments où ces grands États se permettent de ne pas respecter le droit international. Aujourd'hui, on est dans ce moment-là. Tous les grands États, c'est pas que Poutine, c'est pas que Trump, c'est tous les grands États. Je peux vous donner des exemples sur la France qui n'a pas respecté le droit international. Quand la France est allée bombarder en Syrie avec l'armée britannique, le Conseil de sécurité n'avait pas pris cette décision. C'est la France qui décide. Alors, si vous vous rappelez pourquoi, moralement, il y avait de bonnes décisions. Parce que Bachar el-Assad avait utilisé l'arme chimique contre son peuple et donc il s'agissait d'aller bombarder l'armée de Bachar el-Assad. Donc, moralement, c'était juste. Et ça, c'est un grand problème. Moralement, il y a des choses qui sont justes mais qui ne respectent pas le droit international. Donc, qu'est-ce que vous faites ? Vous respectez le droit ou vous respectez votre morale ? Sachant qu'on n'a pas tous la même morale dans le monde. Donc, bien sûr, la réponse est il faut respecter le droit. Et si on n'est pas d'accord avec le droit, il faut faire ce qu'il faut pour que le droit, il change. D'accord ? Mais ce droit, il existe aujourd'hui. Ce n'est pas parce qu'il y a des grands États comme les États-Unis, comme la Russie, comme l'Iran, comme la Turquie, comme la Chine, je ne vais pas faire une longue liste de tous ceux qui ne respectent pas. Ce n'est pas parce qu'il y a des États qui ne respectent pas que le droit a disparu. D'accord ? Mais aujourd'hui, il est affaibli. Ça, c'est sûr. Du coup, moi, j'aimerais savoir comment faire pour respecter le droit international. Aujourd'hui, le respect du droit international dépend de manière générale de chaque État. Mais, il y a quand même deux instances internationales, deux justices qui participent au respect. Vous avez la Cour pénale internationale. Le problème, c'est que la Cour pénale internationale ne juge pas les États. Elle juge les responsables qui ont pris des décisions. Donc, aujourd'hui, vous prenez le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Il a été condamné par la Cour pénale internationale. Mais, on retombe sur ce que je répondais, je crois, à Rama tout à l'heure. Qui va faire respecter ? L'ACPI, donc la Cour pénale internationale, a dit aux États « Eh bien, si M. Netanyahou passe sur votre territoire, arrêtez-le et amenez-le-nous parce que nous, on veut le juger. » Pour l'instant, aucun État, y compris la France, ne l'a arrêté. Pourtant, son avion est passé au-dessus des territoires français. Donc, la France, normalement, si elle avait voulu respecter le droit international, eh bien, elle aurait dû arrêter le premier ministre israélien. Même chose avec M. Poutine. C'est là où on voit que le droit international, il existe même encore un peu parce que ces deux responsables politiques qui sont tous les deux posés à être jugés par la Cour pénale internationale, quand ils se déplacent au niveau international, leur avion, quand on regarde leur avion, ils essayent quand même, quand c'est possible, d'éviter les États qui sont susceptibles de les arrêter. Et donc, ils ne se déplacent pas partout, ils ne vont pas partout, ils font attention. Donc, il y a quand même quelque chose, mais vous voyez que c'est une obligation ou c'est un risque pour eux, qui n'est pas très très très important parce qu'encore une fois, il n'y a pas de force à la disposition de ces instances, que ce soit les Nations Unies, que ce soit la Cour pénale internationale, il n'y a pas une force indépendante, autonome. L'application du droit international, elle est limitée. Il y a quand même une force, parce que je vais quand même essayer de vous apporter une note positive. Il y a une force dans le monde, c'est les populations. C'est les populations quand elles manifestent, quand elles se mobilisent, qui arrivent à faire respecter certaines choses, qui arrivent à imposer certaines choses. Oui, mais bien sûr, c'est très difficile. C'est très très difficile. J'ai écrit un chapitre sur la jeunesse, les manifestations de la jeunesse dans le monde, contre le génocide à Gaza. J'ai beaucoup utilisé Internet, je suis allé voir dans beaucoup de pays, et j'ai été étonné de voir qu'il y a eu des manifestations dans un très très grand nombre de pays. C'est-à-dire qu'il y a eu une mobilisation internationale, il y a eu des manifestations, et ces manifestations qui ont obligé un certain nombre de gouvernements à changer de politique. Si vous prenez la France, il est difficile de penser que sans ces manifestations, la France aurait fini par reconnaître l'État de Palestine. Plus récemment, je me suis aperçu que, vous savez, dans un grand nombre de pays, il y a ce qu'on appelle la Gen Z qui a manifesté, dans beaucoup de pays. Eh bien, j'ai vu que dans beaucoup de pays, pardon, dans les mêmes pays où il y a eu ces manifestations de solidarité avec les Palestiniens, qu'il y a eu ensuite des manifestations contre le pouvoir en place. Par exemple, à Madagascar, il y a de la suite, il y a des rapports de forces qui se construisent, et même dans les pays où il y a des dictatures, les dirigeants sont obligés de prendre en compte un peu, parce que c'est des dictatures, mais un peu ce que les gens pensent, ce que la population pense. Et donc, c'est ça la note d'espoir, en fait. Pour le respect du droit international. Moi, j'aimerais parler sur ces enfants exposés dans ces zones de guerre, pas responsables par le soi. Que peut-on faire pour ces enfants, pour qu'ils ne soient pas détruits humainement, et pour éviter ces autres enfants qui n'ont pas suivi, pour éviter la guerre de demain, pour éviter le cercle vicieux de la répétition de la violence ? Que peut-on faire ? Déjà, on ne peut faire que si l'État accepte, autorise une intervention. C'est-à-dire que c'est typiquement ce qu'on voit, ce qu'on a vu à Gaza, à savoir que le gouvernement israélien a refusé aux organisations humanitaires de venir à Gaza. Il y en a qui y étaient, ils y sont restés, ils ont été... Voilà, mais pour l'instant, la plupart des organisations humanitaires ne peuvent pas aller aider la population. Parce que l'armée israélienne refuse. Donc, que peut-on faire ? La première chose, c'est qu'on ne peut faire que si les partis qui sont en conflit, un État contre un autre État, ou bien un État contre des groupes armés, par exemple, c'est ce qui se passe en République démocratique du Congo, si le M23 n'accepte pas que les organisations humanitaires viennent dans l'Est du Congo, la RDC, pour aider les gens, les humanitaires ne peuvent pas y aller. Donc, on a besoin nous, humanitaires, de cette autorisation. Sinon, on risque la vie des humanitaires. Après, que peut-on faire ? Alors, ça dépend d'où tu te places. Est-ce que c'est en tant que simple citoyen, que c'est aider les organisations humanitaires à avoir des finances ? J'ai parlé d'Amnesty International, mais toutes les grandes organisations humanitaires reçoivent des dons. Et ces dons, c'est ce qui nous permet, par exemple, je vous ai parlé de concert caritatif, ces dons qui vont nous permettre d'apporter de l'aide aux populations là où elles en ont besoin. Après, que peut-on faire en tant que citoyen ? En tant que citoyen, c'est s'adresser à nos gouvernements, à voter pour les orientations politiques qui sont sur des principes de solidarité internationale. Voilà, moi, ma question, c'était à propos de cette force de maintien de la paix et de les casques bleus, en fait. C'est quand même, c'était un peu eux, la police. Donc eux, ils viennent que pour intervenir, pour sécuriser une fois que la paix, que les accords ont été signés. Ils ne sont pas du tout là pour venir et juger. Est-ce que ce serait souhaitable d'avoir vraiment une police internationale et comment est-ce qu'elle pourrait être constituée ? Alors, sur les casques bleus, c'est une force d'interposition. Chaque mission des casques bleus a un programme d'intervention familier défini pour cette intervention-là. Et c'est tous les pays qui participent aux casques bleus ? Non. La plupart des pays qui... Alors, c'est pas systémique. La France a, par exemple, des casques... L'Espagne, ils ont des casques bleus aujourd'hui sur la frontière entre Israël et le Liban. Mais très souvent, on va retrouver des casques bleus originaires de pays plutôt pauvres, par exemple le Bangladesh, parce que il y a une indemnité qui est versée et que cette indemnité, pour des pays pauvres, elle est relativement... Elle représente une source de revenus relativement importante. Mais de toute façon, dans le mandat des forces des Nations Unies, des casques bleus, il y a un mandat défensif. Il y a une exception, c'est en République démocratique du Congo, justement, où la MONUSCO, c'est le nom de la mission des casques bleus, a eu, à un moment donné, pour mission de se battre aux côtés de l'armée de la République démocratique, contre les groupes armés. Alors, je pense qu'il y avait le M23, mais il n'y avait pas que celui-là. Mais c'est rarissime. Normalement, ils ne prennent pas part au conflit et ils n'arbitrent pas. C'est seulement une fois le conflit terminé qu'ils sont là pour maintenir la paix. Ce n'est pas forcément maintenir la paix, c'est souvent le respect du cessez-le-feu. C'est-à-dire, ce n'est même pas la paix. Les combats sont arrêtés et on met une force d'interposition pour que les soldats de chaque camp ou les combattants de chaque camp ne soient pas directement en contact pour que le conflit ne reprenne pas. Voilà. Je voulais savoir, selon vous, un monde sans guerre est-il possible ? J'aimerais bien. Oui, moi, je continue à penser qu'un monde sans guerre est possible, mais si tu veux, je crois qu'il faut se poser des questions sur les causes. Pourquoi il y a des guerres ? Pourquoi il y a des guerres et pourquoi il y a des gens qui, à un moment donné, sont prêts à aller se battre ? Parce que tout à l'heure, j'ai été un peu rapide, mais je crois qu'il y a quelqu'un du Rwanda, là. C'est toi ? Bon, voilà. Il y a aussi des situations où des peuples sont prêts à aller se battre contre le voisin jusqu'à commettre le plus terrible des crimes, c'est-à-dire des génocides. Alors, les causes, elles sont nombreuses, mais il y a quand même fondamentalement, si on voulait espérer un monde sans guerre, fondamentalement, il faut s'attaquer aux inégalités. Parce que je ne pense pas que un monde où il y a énormément d'inégalités puisse être un monde sans guerre. Il y a plein d'autres raisons, malheureusement, de faire la guerre, mais il y a déjà celle-là. Parce que quand il y a de la pauvreté quelque part, de toute façon, ça peut justifier aux yeux d'un certain nombre de personnes, de recourir à la violence, et ça peut permettre aussi à d'autres personnes, des dirigeants, d'essayer de manipuler les gens en leur disant regardez dans quelle situation vous vivez, regardez là-bas les autres, soit c'est de leur faute, soit ils sont plus riches et ce n'est pas normal. On peut manipuler plus facilement. Donc la première chose, à mon avis, c'est ça, c'est réduire, supprimer les inégalités dans le monde. Moi, j'ai une question plutôt sur les conséquences de ces enfants. Que peuvent être leurs mentales pour ces enfants qui sont nés et grandis dans la guerre ? Cela ne fait pas deux personnes s'entrepullent et tout ? C'est ce qu'on appelle les traumatismes. Et bien entendu, les enfants qui ont vécu ça, en général, ils sont marqués profondément. Et ce n'est pas parce que nous, notre intervention leur propose quelques heures de jeu qu'on va les sortir et qu'on va leur faire oublier ou dépasser ces traumatismes. On est forcément limité dans ce que nous pouvons faire. L'idéal, ce serait qu'il n'y ait pas de guerre. C'est ce qu'on venait de dire tout à l'heure. Mais entre ne rien faire et faire ce qu'on peut, même si c'est insuffisant, nous, on est dans une démarche où on dit qu'il faut faire ce qu'on peut. À propos de vos livres, les livres que vous avez écrits, est-ce qu'on peut l'avoir ou pas ? Comment on peut l'avoir ? Où est-ce qu'on peut se procurer vos livres ? Mais partout ! Alors, il y en a un qui s'appelle « Impact géopolitique de la guerre en Ukraine ». Là, lui, il est sorti en 2024. On peut le trouver à la FNAC, dans toutes les librairies à Grenoble. Et l'autre, qui est apparu au mois d'octobre, donc là, il y a quelques mois, s'appelle « Gaza, une géopolitique de la puissance ». Moi, juste, j'avais une dernière petite question. C'était au niveau tous ces traumatismes, toutes ces guerres, etc. On a tendance, même l'ONU, à partir sur cette moralité du jugement et d'aller punir les coupables. Et en fait, est-ce que ça donne vraiment des résultats ? Est-ce qu'il y aurait moyen, il y aurait des possibilités pour d'autres modes de pensée de la paix et de la justice et de l'après-guerre ? En fait, il y a des expériences concrètes qui ont été menées. Je pense notamment à l'Afrique du Sud. C'est les commissions vérité et réconciliation. Et à partir de ce processus, chacun est supposé être capable de revivre ensemble. Mais quand on y réfléchit, si vous voulez, ça ressemble à ce qui se passe dans notre société avec la justice. Vous êtes victime de quelqu'un qui vient dans la rue vous frapper. Vous portez plainte. Il y a un jugement. La personne est punie, sanctionnée. L'agresseur est sanctionné. Normalement, quand vous sortez du tribunal et que la sanction a été infligée, on dit que la personne qui a été coupable d'un certain nombre d'actes, elle a payé sa dette envers la société. Et on recommence à vivre tous comme avant. C'est ça le problème. C'est un sacré problème. On vit comme avant et on ne répare rien. Ça ne change pas la mentalité de l'agresseur ni la position de victime de la victime. C'est un énorme problème. Et ça, ça pose... Je vais peut-être ouvrir un autre débat, mais ça pose la question de savoir si deux États aujourd'hui en Palestine sont encore possibles. Si les gens, après tout ce qui s'est passé, peuvent encore vivre côte à côte. Certains vont vous répondre que l'apartheid est absolument abominable et qu'aujourd'hui ils vivent plus ou moins ensemble les différentes populations d'Afrique du Sud. Ce n'est pas parfait. Au Timor-Oriental, il s'est passé la même chose. Il y a plusieurs... Dans l'ex-Cambodge aussi. Il y a eu ce type de mécanisme qui a essayé d'être mis en place. Et il y a des peuples plus ou moins résilients aussi. Au Rwanda, par exemple, il y a quand même... Comment ça se passe en ce moment au Rwanda ? Peut-être que tu peux nous en parler. Tu es mieux placé que nous pour en parler. Est-ce qu'il y a une paix qui est possible ? Ou c'est encore, malgré toutes les années qui sont passées, complètement séparé, beaucoup de ressentiment, pas de pardon ? Pour moi, je crois que c'est à certaines personnes, pas la majorité. Certains veulent oublier, changer, avancer, aller de l'avant. Mais il y a certains qui sont toujours à l'idée qu'ils ont fait ça alors on ne va pas le pardonner. Juste à me dire que la majorité, la majorité de la population du Rwanda, eux veulent avancer. Mais il y a certains partis qui veulent juste, qui restent sur l'idée qu'ils ont infligé ça, on ne va pas les pardonner. On va, même si possible, on va aussi les infliger ça. Mais juste eux, le Rwanda, la majorité tout entier, veulent avancer. Mais il y a certains qui restent sur l'idée. Merci beaucoup, Monsieur Alan, d'être là, de nous avoir précisé des réponses précises qui n'étaient importantes parce qu'on a travaillé sur des questions qui nous étaient un peu importantes sur ces guerres, sur ces enfants qui sont influencés dans ces guerres, qui sont subis d'une guerre, pas dans leur foi en fait, pas responsables. Merci beaucoup d'être là. Nous sommes reconnaissants que vous soyez là avec nous et des réponses qui étaient très pertinentes. Merci. Merci beaucoup. Et bonne continuation. Sous-titrage MFP.